Le Thazard d’Afrique de l’Ouest
Scomberomorus tritor (Cuvier, 1832)
Famille des Scombridae • le couteau argenté de l’upwelling guinéen

3 sosies à connaître
| Nom français | Thazard d’Afrique de l’Ouest. Autres noms : maquereau-bonite, thazard blanc, serra-branca. |
|---|---|
| Nom scientifique | Scomberomorus tritor (Cuvier, 1832) |
| Famille | Famille des Scombridae |
| Nom anglais (FAO) | West African Spanish mackerel |
| Noms locaux | Sur les marchés et débarcadères ivoiriens : « Maquereau » (Ouattara et al., 2016). |
| Milieu | Marin pélagique néritique, saumâtre toléré. Profondeur 1 à 40 m, habituellement 20 à 25 m. |
| Statut IUCN | LC Préoccupation mineure. Atlantique tropical Est : Canaries et Sénégal jusqu’à l’Angola. |
Identification
Corps allongé et fusiforme, comprimé latéralement, taillé pour la vitesse pure. Dos bleu-vert métallique, flancs argentés, ventre blanc nacré. Bouche fendue, dents triangulaires et coupantes. Deux nageoires dorsales très proches, suivies d’une série de pinnules détachées (caractère générique des Scombridae).
Les caractères qui ne trompent pas
- Trois rangées environ de taches orangées allongées verticalement sur les flancs argentés.
- Pinnules détachées en arrière de la deuxième dorsale et de l’anale.
- Pédoncule caudal mince renforcé de carènes latérales, caudale profondément fourchue.
- Ligne latérale fortement ondulée, sans écussons tranchants (différence majeure avec les Carangidae).
Taille et poids
Taille commune autour de 75 cm. Longueur maximale publiée 100 cm TL pour un poids maximum publié de 6 kg (FishBase, réf. 2683). Maturité atteinte vers 37 cm (Lm). Sur la côte ivoirienne, les prises courantes se situent entre 2 et 5 kg, avec de beaux sujets de 6 à 8 kg en pleine saison d’upwelling.
Comportement et écologie
Prédateur pélagique vif et grégaire, formant des bancs serrés près de la côte. Il se nourrit principalement de petits clupéidés, sardinelles et anchois en tête, qu’il pourchasse en surface. Espèce oceanodrome, fortement liée à la dynamique de l’upwelling guinéen et aux apports d’eaux froides riches qui concentrent le fourrage.
Sur la façade ivoirienne, il s’observe régulièrement à la sortie du canal de Vridi et le long des plages d’Assinie à Sassandra, en chasses bruyantes au lever du jour. Sa rapidité d’attaque dépasse celle de la plupart des carangues.
Reproduction et saison
Frai en eau libre tropicale. La saison de pêche se concentre de juin à octobre, en pleine période d’upwelling, et secondairement en février-mars. Hors saison, l’espèce se disperse vers le large et devient nettement moins accessible depuis la côte.
Pratique de pêche
Techniques, de la plus à la moins efficace
1. À la traîne lente (4 à 6 nœuds), avec leurre nageant plongeant ou cuillère ondulante, le long du tombant côtier et autour des têtes de récif. Technique reine pour couvrir du terrain et trouver les bancs.
2. Au popper et au stickbait sur chasses repérées, depuis le bord ou en bateau. Le thazard frappe fort en surface quand le banc rabat le fourrage.
3. Au surfcasting depuis les plages d’Assinie, Grand-Bassam ou Sassandra, à l’appât naturel (sardinelle, bonite coupée), redoutable en pleine saison.
Le combat : départ explosif, premier rush long et tendu vers le large, suivi d’accélérations courtes et nerveuses. Garder le frein modéré (5 à 8 kg) pour absorber les rushs sans casse, ferrer franchement à la touche car la bouche osseuse demande un fer net. Manipuler la prise à l’épuisette : les dents triangulaires tranchent net.
Qualité culinaire
Chair blanche ferme, peu grasse, au goût fin. Excellente grillée, en sashimi (très frais), en darnes braisées ou au four avec citron et aromates. À Abidjan, le thazard fumé est un classique vendu sur les marchés lagunaires. Saigner et glacer dès la capture pour préserver la qualité.
Le saviez-vous
S. tritor est l’unique représentant du genre Scomberomorus dans l’Atlantique-Est. Décrit en 1832 par Cuvier sous le nom de Cybium tritor, il a longtemps été confondu avec son cousin américain S. maculatus, au point d’être considéré comme un synonyme par de nombreux auteurs jusqu’à sa réhabilitation au XXe siècle. Ses taches orangées vivement contrastées sur fond argenté sont sa signature visuelle, et le rendent immédiatement reconnaissable parmi les pélagiques côtiers du Golfe de Guinée.
Sources : FishBase (Scomberomorus tritor, Cuvier 1832) ; FAO Field Guide Gulf of Guinea (Schneider, 1990) ; IUCN Red List, Préoccupation mineure ; Collette, Reeb & Block 2001, Systematics of the Tunas and Mackerels (Scombridae). Données ivoiriennes à reconfirmer auprès du CRO Abidjan.